Confinitude : le confinement vu par Axel Detours

Chaque semaine, depuis le début du confinement, Axel Detours, co-fondateur de Captain Wallet partage sur LinkedIn ses insights, constats et convictions concernant la crise et l'avenir.

Vous trouverez dans cet article l'ensemble de ces tribunes :


Confinitude - Semaine 1

Mardi 24 mars 2020

Confinitude - Semaine 1

C’est le début de la 2ème semaine de confinement. Petit retour sur la première semaine.

La drôle de guerre, le retour. Une autre, pas la même, mais elle est « drôle » celle-là aussi.

La vie change complètement. Tout s’arrête. L’école, l’économie, la politique, les passants… Paradoxalement, ce grand changement, cette sidération se vivent dans une atmosphère confortable et familière : chez soi. Dans la psyché collective, la guerre c’est la fuite, la course, la violence, les armes, la saleté et la faim. Notre guerre à nous se fait assis, à la maison, avec comme munition une bonne connexion internet. Derrière nos ordinateurs, avec notre petit café, on s’appelle, on chat, on ping, on log, on slack, on poke tout en consultant, blasé, nos fils whatsapp tous quasi-identiques.

Chez Captain Wallet tout le monde est donc en télétravail bien sûr et notre principale activité de la semaine fut de sonder tous nos clients pour évaluer leur comportement. Le bilan est pour l’instant plutôt positif. Pour ceux en train d’être intégré : souhaitez-vous continuer le projet ? Pour ceux en production : comment notre outil pourrait-il vous être utile ? Pour ceux en passe de devenir client : souhaitez-vous continuer à avancer ? Pour les premiers, une grande majorité profite heureusement de la situation pour avancer sur la mise en place. Pour les autres, une petite partie (heureusement bis) suspend momentanément le service et l’autre l’utilise comme canal de proximité avec leurs clients. Pour les derniers, les projets de signature sont au point mort dans la plupart des cas.

La question est : pour combien de temps ? On sent bien que les prises de décisions et les actions engagées camouflent mal une expectative généralisée. Même si le caractère inédit de ce qui nous arrive collectivement peut exciter certains d’entre nous ou faire rêver à des lendemains différents, la toile de fond sanitaire et économique reste angoissante. L’incertitude de l’après-crise est dans toutes les têtes. Quand et surtout comment le monde va-t-il redémarrer ? Va-t-il repartir aussi sec qu’il s’est arrêté ou va-t-il reprendre sa course lentement ? Les paradigmes et les priorités seront-ils totalement différents ? De ces paramètres vont dépendre le destin de nombre d’entre nous.

Si le Covid est synonyme de distanciation sociale, il est aussi vecteur de rapprochement humain. On rentre dans la vie de famille de ses prospects, de ses clients, de ses collègues. On voit des enfants ou des conjoints passer derrière les écrans pendant les conf call, on rentre dans les maisons de chacun, on partage des idées, des contraintes, des espoirs. On se parle différemment. Le Covid est aux relations humaines ce que le réchauffement climatique est à la banquise. Il brise la glace ou ce qu’il en restait.

Le Covid-19 a aussi pour caractéristique de mettre tout le monde au même niveau. Je me plais à imaginer nos idoles modernes, pavanant habituellement sur les réseaux sociaux, délaissés par leur personnel et seuls face à un aspirateur qu’ils ne savent pas faire marcher ou inquiets devant les réserves de plus en plus menues de ces feuilles devenues si précieuses malgré leur usage si trivial.

Bonne deuxième semaine à tous ! Et on ne le dira jamais assez, ne sortez pas de chez vous, sous aucun prétexte, faites-vous livrer le maximum de choses si c’est possible. Il faut être radical si on ne veut pas engendrer trop de morts et que la crise dure trop longtemps. Parole de mari de médecin.

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Confinitude - Semaine 2

Mardi 31 mars 2020

Confinitude - Semaine 2

Je m’étais promis de publier ces quelques lignes à la fin de la deuxième semaine - dimanche soir donc - mais je n’arrive pas à tenir cet engagement. Le confinement est loin d’être une sinécure. Je vois fuser tous les articles sur les séries, les livres à rattraper ou le temps « qualitatif » avec les enfants. Je suis très loin d'être concerné pour le moment.


Binge-visioconferencing

La semaine s’est écoulée, vissé à mon ordi, en visioconférence toute la journée. Les interactions avec les collègues ou les clients sont plus longues. Le moindre échange, même celui qui se fait d’habitude par-dessus l’écran ou dans le couloir en passant, prend désormais une dizaine de minutes. Ce n’est ni calculé ni forcé, c’est juste que cette période et cette ambiance nous poussent à approfondir les sujets, à s’assurer que tout le monde a bien compris les tenants et aboutissants ou tout simplement à prendre des nouvelles. Finalement on prend plus de temps pour l’Autre… et c’est loin d’être l’enfer.


Webinarisation de la vente

Sur le front, les nouvelles ont été plutôt bonnes pour Captain Wallet cette semaine. Mais on ne se fie à rien. A l’image de ce fichu virus, l’atmosphère reste très volatile et la question est toujours la même : quand la reprise aura-t-elle lieu et serons-nous dans le train de ce redémarrage ? Nous orientons toutes nos actions dans ce sens. Il est impératif de continuer à bichonner nos clients mais aussi de commencer à anticiper l’après-crise en allant à la conquête de nouveaux via notamment notre premier webinar cette semaine avec les amis de chez YouLoveWords. Pas facile l’exercice seul dans sa cuisine devant son écran sans aucune interaction avec l’audience (plus de 400 personnes quand même). Il y avait du monde donc, mais la question de savoir si nos interlocuteurs sont déjà enclins à écouter autre chose qu’un discours de crise reste entière. Nous réitérerons l'expérience dans les prochains jours.


Temps partiel

Sur le reste, nous continuons à protéger l’entreprise dans le cas où les « perturbations » devaient se prolonger. La partie temps partiel reste la plus floue. Rien n’est en fait certain. On ne sait pas si on sera éligible, sur quelle assiette exactement ni à partir de quand. Notre marché, qui avait l’air au clair sur le sujet, semble hésiter aussi avec des confrères qui optent pour le dispositif et d’autres qui hésitent encore. L’activité partielle est clairement nécessaire pour certaines de nos équipes, nous avons donc fait une demande mais dans un certain brouillard.

En faisant nos recherches, nous avons été très franchement surpris, pour ne pas dire choqués, de voir d’autres entreprises mettre toutes leurs équipes au chômage partiel, à 100%, tout en leur demandant ouvertement de travailler comme si de rien n’était. Un comportement pour le moins étrange dans une période qui requiert un tant soit peu de civisme.


Ça vous gratouille ou ça vous chatouille ?

Pendant ce temps-là, les Français se prennent tous pour des infectiologues. Ils cherchent déjà des fautifs, des responsables, des victimes et des Dr. Knock. Ils savent, ils jugent, ils s’emportent, ils tranchent et même ils insultent. Internet donne des ailes et beaucoup se prennent pour ce qu’ils ne sont pas ; un médecin pendant une crise sanitaire, un militaire pendant une guerre, un juge pendant une affaire, un ministre des finances pendant une crise financière. Chaque jour qui passe tue encore un peu plus le socratique « je sais que je ne sais rien ».

Au-dessus de cette écume, la confinitude, sans horizon précis. Confinés à l’essentiel c’est-à-dire à ceux qui comptent le plus, à ceux qu’on aime. De nouveaux projets palpitants émergent ou ressuscitent. Ces vitres par exemple dans le salon… jamais lavées. J’ai déjà hâte d’écrire les lignes qui retraceront cette aventure familiale sans précédent...

A la semaine prochaine et force et honneur toujours à tous ceux qui travaillent pour nous approvisionner et nous soigner !

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Confinitude - Semaine 3

Mardi 7 avril 2020

Confinitude - Semaine 3

La 5ème dimension

Comme Matthew McConaughey dans Interstellar, nous entrons dans cette troisième semaine comme lui dans la 5ème dimension. Certes la plastique et le panache héroïque en moins en ce qui me concerne, mais la démarche reste du domaine du jamais vu, du jamais vécu, du jamais anticipé, du jamais géré dans le monde moderne. La moitié de l’humanité est appelée à se confiner (comptage AFP) et le revenu par tête en 2020 pourrait revenir au niveau de l’an 2000 (Les Echos). Nous commençons à toucher du doigt une réalité qui nous paraissait encore lointaine, à la limite excitante dans ce qu’elle avait d’inédit et de révolutionnaire dans nos vies. Maintenant, chaque jour qui passe nous rapproche d’un futur aux contours incertains. Ce n’est plus le futur de l’explosion de joie, de la sortie de sa maison comme d’une prison, de nos poumons s’emplissant enfin d’un air libre et sain et des retrouvailles du bruit strident des cours de récréation réchauffées par le soleil du printemps. Finis les rêves de déconfinement façon libération de Paris en août 44. Nous nous serions réunis en liesse dans la rue, tous ensemble, pour célébrer et embrasser nos héros modernes. Et ensuite nous aurions rattrapé le temps perdu sur les meilleures terrasses et oui avec les pires breuvages s’il le faut, car on aura jamais autant réalisé ces jours-ci qu’un bon vin débouché tout seul ne vaudra jamais un vin médiocre partagé avec ceux qu’on aime. Non, maintenant, on en est à se demander si nous devrons porter des masques à la plage cet été…


« Je vous invite à relire ce classique »

Finalement le cœur et la tête ne cessant d’osciller entre ce catastrophisme facile et un optimisme somme toute de plus en plus discret, nous tentons chez Captain Wallet de rester stoïque et empirique. Une sorte de rencontre sûrement improbable entre Montaigne et Hume (que je vous invite à relire… j’adore tous ces conseils de vedettes qui fleurissent un peu partout et qui nous conseillent de « relire » tel ou tel « classique »… on va déjà commencer par finir ce qu’on a sur la table de nuit depuis 3 mois et on verra après pour découvrir - et non relire pour la plupart - les Thucydide ou autres auteurs antiques à peine balisés). Une sorte de rencontre disais-je pour tenter de répondre à une équation où il y a pour le moment toujours autant, si ce n’est de plus en plus, d’inconnus. Le stoïcisme est la philosophie de la résilience et du combat contre l’adversité. L’empirisme permet de baser les décisions sur l’expérience, les faits et la logique. Le flou et la brutalité de la situation actuelle constituent un fait en soit qu’il faut accepter et avec lequel il faut vivre et adapter son organisation et ses projets. Nous nous sommes donc mis dans des dispositions nous permettant de résister le temps qu’il faudra tout en étant prêt à activer nos assets dès les premiers signes.


« Si tous les économistes se tenaient par la main, ils n'arriveraient même pas à une conclusion » - George B. SHAW

Or comment adapter son offre à ce non-contexte ? Comment nos habitudes et celles des marques vont-elles changer ? De quoi auront-elles besoin ? On entend par exemple que cette crise va sanctuariser la transformation digitale des marques et adouber enfin l’ecommerce au détriment des magasins physiques mais on pourrait tout aussi bien soutenir à quel point cette crise met en lumière la centralité du magasin. Il ne faut pas oublier qu’en dépit d’une croissance importante de l’ecommerce depuis plus de 10 ans, le magasin représentait toujours 90% du CA chez la plupart des enseignes avant la crise. Il est donc intéressant, voire étonnant, de noter que malgré un traffic redirigé à 100% sur l’ecommerce à cause de la crise, 76% des sites ont enregistré un recul des ventes (étude Fevad du 30 mars 2020). Loin de moi l’idée d’en tirer une conclusion définitive si ce n’est celle qu’il n’y a justement PAS de conclusion. Déjà qu'en temps normal, la citation de George Bernard Shaw en tête de ce paragraphe illustre bien mon état d'esprit, l’environnement aujourd'hui est si instable que le risque est trop grand pour parier sur une tendance en particulier. La seule certitude pour Captain Wallet à date, c’est que les canaux habituels vont être saturés au moment de la reprise. Le wallet sera donc le meilleur outil pour émerger dans cet océan de prises de parole commerciales. Nos équipes sales et marketing sensibilisent notre communauté sur l’importance de ce sujet dès maintenant pour que nos marques partenaires puissent faire jouer l’effet de levier au maximum lors de la reprise.

Enfin, le changement d’habitude forcé par la crise et certaines bonnes pratiques qu’elle induit comme le recours aux produits de proximité ou une certaine forme de sobriété dans notre consommation, tranchent avec certains usages qui, pour le coup, apparaissent hors d'âge. Tous les dimanches, nous devons imprimer les cours de la semaine de nos 3 filles… on éprouve un petit malaise à faire passer la totalité de la forêt des Landes dans notre imprimante. On réalise que c’est ça x 30 x toutes les classes x toutes les écoles x toutes les semaines… je débarque sûrement mais encore un chantier titanesque pour notre Éducation Nationale.

Et re-enfin, il y a moultes séries à regarder et nous avons réussi à tomber sur celle qui ne fallait pas : Tchernobyl. Super série mais tellement anxiogène dans ce contexte. Aucun lien entre le COVID et le nucléaire à première vue, mais cette sensation de plus en plus marquée que l’Homme est bien loin de contrôler son environnement, même quand il en est à l’origine. Et en plus, à cause de cette série nous n’avons toujours pas fait les vitres…

A la semaine prochaine et ne vous relâchez pas ! Restez chez vous sinon tous les efforts et sacrifices fait par ceux qui nous soignent et nous approvisionnent ne servent à rien !

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Cofinitude - Semaine 4

Mercredi 15 avril 2020

Confinitude - Semaine 4

Cette semaine 4 de notre confinitude a exacerbé la tension entre d’un côté, la nécessité absolue de protéger notre santé et, de l’autre, l’impératif de sauvegarder notre économie. Elle est devenue le sous-bassement de toutes les conversations.

Olivier Sibony, dont les excellents papiers sur l’insolubilité du déconfinement ou même le fait qu’il n’aura jamais lieu, ajoute un troisième élément dans l’équation qui est la privation de liberté. Mais j’aimerais souligner un autre élément qui englobe la totalité des 3 impératifs.


Fa si la répondre (RIP Pascal Brunner)

Quand on nous pose la question : un virus très contagieux menace de faire exploser le système de santé provoquant ainsi des centaines de milliers de morts voire des millions, que sauveriez-vous en premier ? Le système de santé qui peut vous guérir ? Votre entreprise qui vous fait vivre ? Votre liberté qui vous permet de faire et dire (pratiquement) tout ce que vous voulez ? On peut facilement faire le choix entre ces 3 et d’ailleurs notre gouvernement l’a fait. Tout simplement parce que l’un est une question de vie ou de mort par rapport aux deux autres. Je suis prêt à relâcher un peu de ma liberté personnelle pour sauvegarder la santé de mes pairs. Et j’accepte volontiers de casser la dynamique de mon entreprise pour préserver un système de santé face à un défi qui pourrait le ruiner.


Ne pas laisser le temps au temps

Néanmoins, si ce choix parait évident quand il est posé à plat, l’équation devient nettement plus compliquée lorsqu’on y ajoute une notion qui remet tout en perspective. C’est la notion de temps. C’est le meta/macro-élément qui complexifie cette hiérarchisation entre ces 3 impératifs. Si la privation de liberté, qu’est ni plus ni moins le confinement, parait acceptable au début, elle le devient de moins en moins si elle se prolonge. Si on accepte que l’économie s’arrête et que l’on est soudain capable de faire voler en éclat tous les seuils de déficit et de dette âprement débattus depuis tant d’année, on sent bien qu’une telle situation ne peut pas s’éterniser. Les débats qui ont animé toute cette semaine passée montrent que notre abnégation commune a, c’est humain et malheureux, des limites dans le temps. Les choix entre les impératifs à hiérarchiser commencent progressivement à être remis en cause. Et l’intervention du Président de la République est attendue comme le Messie, provoquant soulagement ou frustration, c’est selon.


L’incertitude comme maîtresse

Quoiqu’il en soit le Président a fait son travail en donnant une perspective et un rythme. Cette limite plait ou pas, on peut la critiquer ou l’approuver mais nous avons désormais un horizon fixe. A la seconde même où la date du 11 Mai a été prononcée par Emmanuel Macron, dont le halage se rapportait à son plumage, les 36 millions de cerveaux l’écoutant attentivement ont recommencé à faire une chose qu’ils avaient arrêtée depuis plusieurs semaines : se projeter. Car en fait ce que cette crise aura rappelé à tout le monde, et c’est le corollaire de la notion de temps évoquée plus haut, c’est que nous avons oublié de vivre dans l’incertitude, de vivre sans étape, sans rythme, sans point d’arrivée. Nous venons tous de l’expérimenter à notre échelle, ce n’est pas facile. Ce n’est pas compatible avec la façon dont laquelle nos sociétés se sont construites, c’est-à-dire principalement autour de l’économie, pour laquelle l’incertitude est absolument délétère. D’ailleurs quand je regarde les quelques lignes que j’ai commises depuis le début de cette crise, je me rends compte que c’est la notion n°1 qui s’en dégage. La question est maintenant de savoir comment nous arriverons à faire cohabiter cette incertitude avec un mode de société qui, malgré tous ses efforts, devra peut-être s’habituer à vivre avec des phénomènes aussi déstabilisateurs.

Je me rends compte que je n’ai pas parlé de la façon dont Captain Wallet et ses équipes vivent cette crise alors que c’est le but de cette chronique normalement. Mais je finirai juste avec ce constat : depuis l’intervention d’Emmanuel Macron annonçant le 11 mai comme le jour de gloire, donnant ainsi une perspective pour la suite, nous avons observé un pic de demandes entrantes sur notre site. Depuis le 13 mars dernier, c’était morne plaine. Un cap a définitivement été franchi. Pourvu que ça dure.

Ah, et autre grande et bonne nouvelle : nous avons enfin lavé nos vitres.

Je vous retrouve la semaine prochaine avec normalement, une autre très grande et très bonne nouvelle !

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